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Laurent GALLAND

Après une carrière d’infographiste dans l’industrie de l’emballage, du ”packaging”, je demeure un plasticien par essence. Je peins et dessine. Mon travail artistique est imprégné de cette mémoire du numérique, de l’écran, des logiciels, du déplacement des têtes d’impression sur les traceurs, du mouvement des rotatives, du produit imprimé, manufacturé. Quoi dessiner, comment dessiner ? J’expérimente dans mes œuvres une manière particulière de déposer le graphite. Le support papier est remplacé par une plaque de Dibond, un support rigide et lisse comme un écran. À l’aide d’adhésifs de masquage spéciaux et souples, je juxtapose des lignes en jouant sur l’épaisseur, l’espacement et leur courbure. Je dessine ainsi des structures linéaires en extension ou en contraction. Ensuite, j'applique et fixe le graphite entre les lignes sans l’aide du crayon, cela me permet d'obtenir des lignes pures et des nuances de gris sans grain proche d’une matière photographique. Je n’ai plus qu’à retirer les adhésifs pour obtenir une trame dessinée en négatif du dessin originel. La superposition de plusieurs de ces trames me permettent d’obtenir des effets optiques, des moirages provoqués par le croisement des lignes et le produit de la surimpression des différents niveaux de gris. Quel est l’intérêt d’une telle pratique qui pourrait paraître fastidieuse et longue ? Ne pouvant concevoir ma liberté indépendamment de toute contrainte ainsi que mon savoir-faire me permettent d’ouvrir un champ d’expérimentation illimité ou l’acte précis et rigoureux, se conjugue avec le hasard et l’aléatoire. Actuellement, je démarre toujours mes travaux sans projet préalable, je laisse l’humeur du moment réaliser le premier geste. Cette première ligne va guider la suivante qui ne sera jamais tout à fait la même. Sur chaque couche de trame, une fois le graphite déposé, le motif du dessous est intégralement recouvert, ce n’est qu’en enlevant l’adhésif que je découvre les effets de superposition. Premier spectateur du résultat obtenu par le jeu du hasard celui-ci est parfois jubilatoire, parfois interrogatif. De ce constat, une stratégie de composition se met en place, la prévisualisation d’un possible résultat final. Dans mes travaux récents, les “constructions répétitives” je m’efforce de faire disparaitre toute gestuelle ou trace de la main. Une quête de précision où la pensée se perd dans la concentration pour se retrouver dans un état méditatif, un apaisement. Cette volonté est source d'ambiguïté, elle rend énigmatiques les effets optiques produits, qui pourraient suggérer l'aspect d'une production numérique imprimée. Les “constructions aléatoires” sont issues d’un tracé bref à main levée et selon l’humeur du moment. Ce tracé me sert de base pour construire et composer le dessin final.

 

Laurent Galland